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Mise à jour : 06/05/2010
 
Témoignages

Novembre 1999 :
Agnès Salomon et Denise Chabert ont passé 10 jours à Koulikoro.
Leurs impressions...

1) Où en est la scolarisation à Koulikoro? au Mali? Voyez-vous une évolution?
A Koulikoro, le taux de scolarisation atteint près de 100% dans certains quartiers. Il ne reflète pas la réalité du Mali (moins de 40%) mais montre la volonté exemplaire des enseignants qui ont su mobiliser les parents d'élèves.

2) Et les filles?
Au Mali, elles sont des aides précieuses dans l'économie familiale. Les parents ont donc dû être fortement sensibilisés pour envoyer leurs filles à l'école. Elles sont, à Koulikoro, autant scolarisées que les garçons. Cette scolarisation est fondamentale, car c'est par l'Education des filles que passe la baisse de la natalité et qu'un pays peut se développer.

3) Quelles sont les conditions de vie d'un écolier au Mali?
- Avant la 1° année (CP1) très peu d'élèves fréquentent un "jardin d'enfants". Celui-ci est payant (1000 CFA soit 10F/mois)
- Faute de moyens, la pédagogie est essentiellement basée sur l'oral. Cahiers, stylos, crayons sont des investissements précieux qui ne peuvent être renouvelés facilement. Quant aux livres,ils sont très rares.
- Les classes sont souvent construites en banco (terre séchée). Certaines se sont effondrées lors des deux dernières saisons des pluies (juillet à octobre).
- En conséquence, les maîtres et les classes sont en nombre insuffisant. Les écoles pratiquent souvent la "double vacation": à partir de 80 élèves, on dédouble la classe (moitié le matin, moitié l'après-midi avec le même maître) ou la "double classe": une salle est utilisée le matin par une classe et l'après-midi par une autre. Les effectifs ne sont jamais inférieurs à 45-50 élèves et peuvent atteindre 120 élèves.

4) L'enseignement du français pose-t-il problème?
Pour éviter le cumul des difficultés (apprentissage du français en même temps que lecture et écriture),on expérimente, au Mali, depuis plusieurs années, la "pédagogie convergente": 100% de l'enseignement se fait en langue maternelle la 1° année, pour atteindre 75% en 4° année et tout en français en 5° année. L'expérience semble porteuse de bons résultats.

5) Quel problème vous a le plus interrogées cette année?
Toujours le manque de moyens matériels, didactiques et humains et l'ampleur de la tâche à accomplir. Le Mali est un pays jeune. Un groupe scolaire peut compter 950 élèves et les moyens d'enseignement sont dérisoires: tableaux peints sur les murs, 1 livre par classe, locaux insuffisants. Face à cela, la mobilisation exceptionnelle des enseignants permet à toujours plus d'enfants d'accéder à l'école. Les familles ne s'y trompent pas. L'école est devenue porteuse d'espoir et non plus mise en concurrence avec les travaux ménagers ou des champs.

Séjour adultes février 1999 :
Arrivée au Mali par Marie Louise et Auguste GELARDIN ( 76 et 74 ans )...
A l'arrivée, contrôle des passeports ainsi que des cartes de vaccinations. Durant ces formalités, Stéphane avait récupéré les bagages sur les chariots, mais il manquait un sac qui a été retrouvé un bon moment plus tard. Beaucoup de monde et de soi-disant porteurs d'occasion. Chargement des bagages dans le minibus et Stéphane nous désigne ainsi qu'à Michel, pour suivre le minibus dans une voiture. Que d'égards pour nos personnages, et nous verrons au fil des jours, combien les grands parents seront chouchoutés. Par une route en réfection tant elle était cahoteuse, notre chauffeur fera son possible pour suivre le groupe. Beaucoup de circulation et comme en France bien des cyclistes et mobylettes sans éclairage, risques d'accident. Nous roulions depuis un bon moment, lorsqu'à la sortie de Bamako, nous percevions une vague odeur d'essence. Il y avait déjà un bon moment que nous avions perdus de vue le groupe. Quant tout à coup, un trou de la chaussée peut être plus profond que d'autres ; un bruit de ferraille qui racle la route nous fait sursauter. Ou nous perdons le châssis, ou nous traînons quelque chose. Arrêt sur le coté et notre chauffeur se couche sous la voiture. Il constate que le réservoir s'est décroché. Nous avions bien des lampes électriques mais par un fait exprès, impossible de mettre la main dessus.
Au Mali, la solidarité joue, plusieurs cyclistes ou passants ont proposé leur aides et conseils. Dans le coffre, il y avait une glacière avec les fruits, nous avons retiré les fruits, le chauffeur a transvasé l'essence que contenait encore le réservoir dans la glacière, au ras bord. Puis dans un " garage " voisin, il a trouvé un bidon plastique qu'il a fixé à l'avant et qu'il a raccordé au carburateur. Dépannage de fortune risqué, qui en retrouvant la route goudronnée s'est révélé efficace pour accomplir les quelques cinquante kilomètres restants. Michel tenait la portière au cas où en rappelant au chauffeur de ne pas fumer, car la glacière bien remplie pouvait fuir. En cours de route, nous avons remarqué des vaches, chèvres et ânes qui divaguaient sans aucune surveillance sur la route. Enfin, avec près de deux heures de retard, nous arrivons en vue de Koulikoro, et heureux de retrouver le groupe qui nous attendait. Repas rapide et Stéphane nous conduit aux chambres situées de l'autre côté de la rue, dans un beau pavillon. Chambres spacieuses avec ventilation, mais aussi quelques locataires : les moustiques. Nous avons pulvérisé légèrement, mais sans toutefois exterminé ces hôtes et nous avons été piqués plusieurs fois...

Souvenirs du Mali par Gérard DECLAS...
Je me souviens de la pirogue qui emmenait les lycéens de Gouni à Koulikoro sur les eaux lisses du Niger.
Je me souviens des tracasseries administratives des barrages routiers.
Je me souviens du tombeau de la jeune fille de Djenné et des différentes versions de la légende.
Je me souviens de la lumière du soir rasant le marché de Mopti.
Je me souviens de la gentillesse du jeune homme rencontré dans les rues de Bamako.
Je me souviens de l'aveugle de Fougadougou.
Je me souviens de la saveur du capitaine, poisson-roi du fleuve Niger.
Je me souviens de mon boubou de basin brodé "orange pétant" coupé sur mesure à Koulikoro.
Je me souviens du syndicaliste venu nous parler de l'avenir de son pays.
Je me souviens des taches vertes des champs d'oignons du pays Dogon.
Je me souviens du bruit des ferblantiers cognant la tôle dans les rues de Djenné.
Je me souviens de l'invitation à (re-)souper du commandant de cercle de San.
Je me souviens du poids des cacahuètes.
Je me souviens de la chasse aux moustiques du soir dans la maison du jumelage.
Je me souviens de l'odeur du thé à la menthe.
Je me souviens des jeunes garçons récemment circoncis en tunique violette agitant leurs crécelles.
Je me souviens des métiers à tisser dans la rue.
Je me souviens de la chaleur accablante pendant la remontée de la falaise de Bandiagara.
Je me souviens de la visite du potager du directeur de la poste de Koulikoro.
Je me souviens du marché des gris-gris de Bamako avec ses têtes de singes.
Je me souviens de l'encapsulage au marteau des bouteilles d'huile de coton dans l'usine de Koulikoro.
Je me souviens des veuves remontant à grand' peine l'eau du puits de leur jardin.
Je me souviens de la cosmogonie dogon.
Je me souviens de mes fesses endolories par le banc de bois du "bâché" de Youssouf.
Je me souviens du "pain de singe", fruit du baobab, savouré comme confiserie par les enfants.
Je me souviens de la poussière ocre qui nous collait à la peau après une ou deux heures de piste.
Je me souviens des si sages enfants des écoles si fiers de leurs connaissances.
C'était il y a bientôt trois ans.
C'était hier.
Mes enfants pourront bientôt suivre nos traces. J'aimerais tant qu'ils y aillent.
Gérard Déclas P.S. Merci - un peu - à Georges Pérec et - beaucoup - à Stéphane.